Chemin Stevenson.

Nous descendons vers Le Bleymard, le regard en arrière sur ces couleurs éclairant les vieux toits d'un hameau tantôt d'ombre, tantôt de lumière, et en avant à la recherche du Mont Lozère.

 

 

GR70
Randonnée de La Bastide-Puylaurent à Cassagnas

Le Mont Lozère

Chasseradès GR70 StevensonCinquième étape: 24 km, +870m
Pierre, le photographe part avec nous pour cette étape et quelques beaux clichés ; mais, ses pieds peu habitués vont souffrir de ce jour de longue marche, malgré des soins. Pour l'heure en quittant le village et sa « civilisation » par la traversée des voies ferrées de la gare toute tranquille, nous nous élevons vers une crête embrumée et pleine de mystère dans le flou de sa lande de bruyère sous le brouillard. Il n'en sera tout de même pas ainsi tout le jour, nous repassons sous le manteau ouateux en train de se dissiper pour descendre sur Chasseradès. Le village est peu actif mais, plusieurs de ses maisons de granit attirent les yeux ; l'une comporte une cloche en milieu de façade, ancienne école ou bâtiment de congrégation ? L'agencement en quinconce des grosses tuiles sur le faîte du toit d'une grange prévaut de son vieil âge. Et l'église restaurée à la sortie du village a de beaux encadrements de portes romans, deux curieusement dont l'une donne sur le vide ; c'est qu'avant contre elle il y avait le cimetière rasé complètement jusqu'à la roche lors de la restauration. Elle nous offre les marches de son perron et sa cour pavée de tuile pour le pique nique et le voisin de 95 ans sa compagnie et ses mots sur sa vie présente et passée, des mots très lucides, observateurs, réalistes, sans être du tout fatalistes.

GR70 Stevenson ChasseradèsLe soleil est de retour et cet agréable moment augure une heureuse après-midi. Sur la pelouse naturelle d'un espace ouvert, les ânes ont tôt fait de dessiner des cercles autour d'eux, il faut les déplacer. Deux cèpes se laissent découvrir et plus tard en forêt, la récolte s'enrichira, le repas du soir aussi. Repartis, l'espace des hommes se fait encore présent en passant près du viaduc de Mirandol, un train passe sous les yeux étonnés des ânes, oreilles dressées. Et nous voici pour toute l'après-midi en forêt, entre les jeux d'ombre et de lumière du soleil avec les feuilles, leur teinte commence à se nuancer d'automne. C'est la première journée où se fait sentir la chaleur du soleil.

Le rythme est soutenu mais le trajet est long, à l'image du Lot dont nous croisons la source, mince ruisseau égaré entre les herbes d'un pré tout vert. Le Mont Lozère se précise sur l'horizon sud-ouest. La proximité de ce sommet dénudé pour moi connu et symbole de l'espace intérieur de notre voyage, la beauté des couleurs de l'étape d'aujourd'hui, rayons dans les sous-bois, odeur du bois, orangés des feuilles, jeu des cumulus blancs sur le ciel bleu roi, champignons multicolores et propos échangés avec un ramasseur expérimenté, espace de solitude font le lien entre le voyage qui est et celui dont j'ai rêvé à la suite de Stevenson et de sa quête. Je marcherai volontiers toute la vie ainsi.

Le Goulet GR70 StevensonLe but de ce soir finit tout de même par apparaître, une grande maison blanche, récente dans un champ de bruyère sorti des forêts. Les ânes, en liberté dans un parc où la végétation les masque, sont au paradis, en plus il y a des chardons dont ils raffolent. Et nous, une dame nous conduit dans deux chambres sous les toits avant de nous recevoir à la table de sa salle à manger. Elle parle peu, mais son amabilité vraie cache du courage. Originaire de Hollande, elle a épousé un français et ils ont exercé divers métiers afin de trouver le moyen de vivre là et pour finir, voici qu'il est atteint de mucoviscidose à ce qu'il semble ; elle assure l'accueil de son gîte d'étape en plus d'un travail salarié extérieur. Leur maison isolée étonnante architecturalement dans son cadre sauvage bénéficie d'une situation exceptionnelle. La nuit sur la montagne du Goulet le dit tout autant que le lever du jour avec ses couleurs féeriques sorties des nuages sur la vallée et le Mont Lozère.

 

GR70 Stevenson Le BleymardSixième étape: 20 km, +700m
Au matin, le départ s'effectue sous un ciel nuancé du gris foncé de nuages vers l'est transpercé par les rayons du soleil levant, horizon rouge feu dessous. Et en face, le bleu sombre de la nuit laisse place à un couvercle sombre surplombant le Mont Lozère. Nous descendons vers Le Bleymard, le regard en arrière sur ces couleurs éclairant les vieux toits d'un hameau tantôt d'ombre, tantôt de lumière, et en avant à la recherche du Mont Lozère, point culminant du jour et de tout le périple. Une curieuse croix de granit signale un vieux carrefour ; elle porte un Christ gravé avec les bras en croix et de grandes mains disproportionnées.

Dans le bourg, les courses vont provoquer la séparation du groupe ; l'arrière garde attendant vainement une avant-garde déjà bien avancée dans la montée vers le Mont Lozère au travers d'une forêt aux couleurs flamboyantes de l'automne ; des rondins de coupes récentes s'alignent au long du chemin. Nous finirons quand même ensemble par prendre un café à la station du Mt Lozère, les ânes patiemment arrêtés au vent. La montée ensuite ramène loin au temps des Hospitaliers qui ont planté les monjoies de granit nous guidant vers le col des Finiels.

Mont Lozère GR70 StevensonLes hommes du passé semblent pétrifiés dans leurs ouvrages de pierre dressés vers le ciel sous un vent cinglant, très froid aujourd'hui car il vient du nord. Dans ces traces ancestrales, nos pas s'enchaînent, chacun dans nos pensées, enivrés par le vent ou le silence de l'espace. Des pierres encore plus anciennes s'étalent sur les flancs de la montagne vers Finiels : de gros blocs de granit arrondis par le polissement des années descendent le long des pentes.

Il y a des pins et des cèpes pour satisfaire l'appétit des chercheurs à la pause tandis que la chaleur caresse ce côté abrité de la montagne. Un cerf traverse en courant une draille antique et les prés. Un sorbier des oiseleurs colore la bifurcation pour aller vers Finiels et d'ailleurs, sur ce versant sud du Mont Lozère, nous changeons de monde.

Bientôt, au long d'une rivière sour de celle qui fait le Tarn, les uns au fil des rives ombrées et des gués du cours d'eau, Christian, Renée et moi menant Popov et Keneth par un chemin plus facile à flanc en dessus, nous parvenons au Pont de Montvert  directement à notre hébergement du soir, le gîte communal. Apparemment, les ânes connaissent, s'arrêtant d'eux-mêmes devant dans l'attente du déchargement !

A la recherche du restaurant pour confier nos cèpes que nous dégusterons le soir même, nous découvrons ruelles anciennes, maisons de granit, pont et horloge qui ont sans doute vu passer Robert Louis Stevenson et le triste épisode qui déclencha les hostilités entre Cévenols et catholiques. Et nous traversons aussi tout cela et le Tarn pour mener Keneth et Popov débâtés dans un paradis pour eux, un grand pré échelonné en terrasse entouré de beaux murets de pierres et semé d'espaces herbeux coupés de broussailles, dont les limites ne sont même pas visibles. Epicerie, boulangeries, restaurants.ont des allures d'échoppes à l'ancienne, certaines maisons portent des dates démontrant qu'elles avaient déjà deux siècles quand Stevenson est passé là. Et l'horloge près du pont marque un temps qui ne coule pas aussi vite que l'eau à son pied, pourtant, la vie a coulé ici et les traces du mode de vie passé accueillent à présent le tourisme et les frontières d'une autre vie, deux mondes opposés, mais c'est sans doute salvateur pour le village.

Le Pont de Montvert GR70 StevensonSeptième étape: 26 km, +730m
Le Pont de Montvert au soleil de fin d'après-midi, le Pont de Montvert sous le ciel étoilé et les lumières artificielles, le Pont de Montvert au soleil montant du départ matinal, trois couleurs pour nos traversées de ce beau village.Et nous retrouvons, non sans peine nos compagnons, chargés nous-même de tout notre barda pour les rejoindre de l'autre côté du village ; il faudra en plus aller les récupérer loin dans leur pré pentu. Comme la veille, ils ont droit à une ration de tourteau, efficace semble-t-il contre le « grignotage » au bord du chemin.

Les lacets de la montée s'enroulent efficacement au-dessus du village derrière le pas de Gisèle qui mène avec Popov. Les maisons s'amenuisent alors que la vue s'élargit jusqu'à un premier plateau. Au loin, Finiels et le Mont Lozère rappellent leur présence. Une grange en pierre garde cette zone cultivable avant que nous rentrions sous un couvert sombre de hêtres et de sapins pour une petite descente. La matinée est splendide et nous échangeons quelques mots avec des randonneurs inconnus et un chasseur.

La forêt garde le chemin jusqu'à la crête de la montagne du Bougès. Il y a là une stèle à la mémoire d'un autre marcheur de ces terres, inconnu pour nous mais qui les a aimées certainement. La hauteur des arbres diminue avec l'élévation de la montagne, ils s'espacent aussi, jusqu'à de gros cairns d'allure tibétaine et disparaissent offrant une vue jusqu'au sommet du Bougès sur notre gauche et plus loin, vers le plateau du Causse Méjean et le Mont Aigoual.

GR70 Stevenson Mont LozèreLa pause ne peut pas mieux tomber, même Keneth et Popov en profitent pleinement, de plus en plus confiants, nous les laissons en liberté autour de nous ; loin de nous fuir, ils s'intéressent à notre pique-nique ! Et reconnaissant, peut-être, lorsque nous repartons, c'est sans contrainte et sans corde qu'ils nous suivent dans la descente vers Florac, au début tout au moins car il faudra ensuite discipliner un peu Keneth, Popov moins entrepreneur acceptant alors de marcher à peu près de lui-même derrière. Notre technique de conduite évolue !

La perspective élargie et variée, dominant forêts et vallées, monts arrondis, plateau du Causse avec sa bordure nette de falaises, ocre du chemin qui serpente loin à flanc auprès de la crête, entre les rougeurs des bruyères et les verts nuancés des forêts et des champs, tout fait une belle descente ; en plus, Denis et moi nous attendons aux retrouvailles avec sour, beau-frère et neveux ; il me tarde de voir la rencontre des enfants et des ânes ! Mais, le chemin se révèle très long sous la chaleur de l'après-midi, Florac se fait attendre, pas sa température méditerranéenne. Renée et Pierre choisissent tout de même le chemin le plus long passant par la collégiale de Bédouès pour rejoindre le bourg.

Nous les retrouverons au gîte. Et au détour d'un virage, voilà la petite famille montée à notre rencontre ; Guilhem et Romane sont bouche bée, pas pour longtemps, Guilhem se retrouve sur le dos de Keneth mené par Philippe pour traverser Florac et trouver le gîte ; l'âne ne se rend pas compte de ce petit poids supplémentaire et l'enfant est ravi, Romane, avec toujours ses mots étonnants décrète après un essai qu'elle a peur de glisser parce qu'elle est trop petite. Et la troupe arrive au gîte communal guidée par Keneth !

Florac GR70 StevensonJe n'ai pas eu le temps d'aller reconnaître sa situation avant le voyage et la petite sous-préfecture de Lozère contient tout de même quelques rues, mais, nous n'aurons pas à demander notre route, Keneth, fantastique, enchaîne successivement les rues en bifurquant tout seul jusqu'à proximité de notre lieu de sommeil ! Après la reconnaissance des lieux, les uns sous la douche, les autres dans les magasins ou en visite, Laurent, Denis et moi avec nos chers ânes dans les rues serrées à la mode des bourgs méditerranéens jusqu'à un pré, chacun trouve sa voie. Popov, lui, s'ébroue comme il fait souvent à l'arrivée, en se roulant dans l'herbe. Et nous voici tous dans une brasserie, changement de style pour le repas de ce soir, dans le lieu, comme dans la forme ; Guilhem, Romane et Célia participent à l'animation, c'est peut-être un peu bruyant pour des randonneurs après une très grande étape, mais renseignement pris après coup, il semble que nos compagnons aient apprécié cette rencontre enfantine. Pour Denis et moi, l'un vivant à Paris, l'autre se préparant à partir en Suisse, ces retrouvailles familiales singulières furent en tout cas très sympathiques ! Merci Anne-Cécile et Laurent d'avoir fait la route depuis Millau, Stevenson n'a pas eu une telle rencontre, même si à Florac, bien reçu, les habitants accueillants ont déplié leurs cartes pour lui expliquer la route.

Huitième étape: 16 km, +330m
Le lendemain est un dimanche, cela fait huit jours que nous sommes partis. Les rues de la ville sont plutôt désertes. L'ocre des maisons de calcaire est éclatante sous le soleil clair du matin. Florac est calmement gardée sous les murailles des falaises qui la domine et se mirent dans l'eau. Nous sommes définitivement au pays du soleil, sous un ciel estival et pourtant en octobre.
Un pont au dos d'âne marqué nous fait franchir le Tarnon et rejoindre la vallée de la Mimente. C'est son cours qui guide toute l'étape du jour, facilement, sans dénivelé à travers la châtaigneraie pour commencer puis sur le tracé d'une ancienne voie ferrée. Les feuilles de châtaignier ne se trompent pas de saison et leurs différents jaunes s'illuminent au soleil tandis que les bogues jonchent le chemin.

Lozère GR70 StevensonAprès la pause de midi, sous les ruines du château de Saint-Julien d'Arpaon, nous changeons de rive et pour l'après-midi, sur le versant sud nous n'aurons plus que l'ombre des tunnels de la voie ferrée désaffectée. Etonnamment, les ânes passent dedans avec indifférence ; il n'en est pas de même pour moi, toujours marquée par l'important labeur fournit en d'autres temps pour ce genre d'ouvrage et devenu inutile. D'ailleurs, le contraste est frappant, sur l'autre bord, travaillent de grosses pelleteuses car la route d'Alès s'est éboulée la veille et l'axe routier doit être vite rétablie.

La tranquillité de l'étape entraîne un relâchement de l'attention, et ce n'est que presque arrivés au bout que se remarque l'absence de Pierre, je le croyais devant ayant oublié que juste au départ après le repas, il s'était arrêté pour photographier des tombes protestantes. Isolées, fleuries et toutes simples, il est vrai que celles-ci sont souvent jolies, mais, nous n'avons plus Pierre. Sac posé à l'étape, un demi-tour s'impose en trottinant, trop tard, il arrive ayant réparé seul une erreur de pont et allongé l'étape pour lui du coup. Mea culpa !

Notre hébergement se situe dans une ancienne gare, isolée loin sous le village dont elle dépend, face à la forêt. Le soir est tout calme. Denis, Laurent et moi en profitons pour nous lancer dans un tour nocturne, et il est vraiment très noir, nous ne voyons même pas nos silhouettes respectives. Mais, c'est curieux, car au-dessus de ce noir d'encre qui baigne le sol, règne un autre monde, tout étoilé en ce même soir. Et, ajoutant à l'atmosphère envoûtante, la nuit résonne. Tout près, il y a des chouettes, et puis, plus loin, ce que nous prenons d'abord pour des chiens, avant que le son se rapproche et que d'autres cris semblables lui répondent. En ce début octobre, c'est le brâme du cerf qui nous encercle. Et nous n'y voyons goutte, pas une lumière artificielle si ce n'est de temps à autres les phares d'une auto, esquivés avec inquiétude dans le fossé car vraiment nous n'y voyons rien. C'est une nuit fantastique, dans tous les sens du terme. par Catherine Revel

 

 

L'Etoile Maison d'hôtes à La Bastide Puylaurent entre Lozère, Ardèche et Cévennes

Ancien hôtel de villégiature avec un magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Maison d'hôtes se situe à La Bastide-Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France. Au croisement des GR7, GR70 Chemin Stevenson, GR72, GR700 Voie Régordane (St Gilles), Cévenol, GR470 Sentier des Gorges de l'Allier, Montagne Ardéchoise, Margeride, Gévaudan et des randonnées en étoile à la journée. Idéal pour un séjour de détente.

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