A La Bastide-Puylaurent sur les bords de l'Allier se trouve la Maison d'hôtes L'Etoile; un ancien Hôtel de Villégiature tenu par un belgo-grecque, une halte réconfortante, un repas sain et copieux, une douche attendue et une bonne bière belge.

 

Randonnée de Langogne à Florac (Lozère) avec le GR70

GR70 Chemin de StevensonLes tracasseries d'un fermier, qui poussait la plaisanterie jusqu'à prélever un droit de passage sur ses terres, ont nécessité une modification du GR70.  Mais le nouvel itinéraire ne m'emballe guère et je cherche malgré tout à gagner St-Flour-de-Mercoire par la rive gauche du ruisseau de Langouyrou.  J'en serai pour mes frais dans le ravin des Chèvres, à démêler un sentier dans le dédale des traces de bétail.

Et dire que j'entre aujourd'hui dans le Gévaudan, le pays de la Bête ! cette fameuse et mystérieuse bête, mangeuse de femmes et d'enfants, qui, au XVIIIe siècle, terrorisa les campagnes pendant trois ans et que Stevenson surnomme « le Napoléon Bonaparte des loups » !  Le pays n'a pourtant que faire de ce monstre pour se donner un air de sauvagerie, après les larges horizons du plateau vellave, les vastes panoramas vers le Mézenc et la Margeride, le Gévaudan se referme sur le mystère de profondes forêts de conifères et de bouleaux, de landes rocheuses aux allures fagnardes. 

GR70 Chemin de StevensonAprès l'Herm, Sagne-Rousse, Fouzillac et Fouzillic rompent à peine la solitude de mon vagabondage; pas l'ombre d'une présence dans la traversée de ces maigres hameaux.  La forêt serait-elle plus vivante ?  J'y observe à loisir les ébats de jeunes chevreuils jusqu'à ce que le plus avisé lance un « aboi » rauque et déclenche la fuite. Seul Cheylard-L'Evêque semble une oasis au creux de son vallon, dans l'éclat des genêts et la chanson des torrents.

J'y aurais bien prolongé ma halte méridienne au sympathique bistrot de la placette... Mais voilà qu'un panneau annonce 4 km. supplémentaires à un itinéraire déjà fort sinueux.  De fait, le tracé cartographique de cette étape est particulièrement torturé.  Il faut croire que le romancier était d'humeur très folâtre.  Je ne m'en plaindrai pas.  Cheminer dans l'immense forêt de La Gardille, c'est une après-midi de quiétude, couronnée par une dernière halte idyllique sur la rive de ce petit lac anonyme, blotti entre les deux mamelons de l'Auradou et de l'Abïauradou.

En dévalant vers Luc, je retrouve une fois encore l'Allier.  Le village s'étire au flanc de la vallée, sous les ruines de son château et une imposante statue de la Vierge réduite par Stevenson à « cinquante quintaux de Madone » ! Etape de 27 km

GR70 Chemin de StevensonHier soir, l'orage grondait sur les hauteurs du Tanargue; ce matin, le ciel est lavé et promet une lumineuse balade... à l'écart du GR70.  En effet, entre Luc et La Bastide-Puylaurent, où je compte faire étape, le topo-guide annonce seulement 7 km. et le balisage suit surtout la vallée sur les D. 906 et 154... J'ai fini par éprouver un petit faible pour l'Allier, mais pas au point d'avaler de l'asphalte et de sacrifier une escapade dans la toute proche montagne ardéchoise.  Et cette digression me permet de passer à l'abbaye Notre Dame des Neiges, où séjourna le romancier écossais. Je reste ainsi fidèle à l'esprit même de son entreprise.

Sur la foi des seules cartes IGN. aux 1/100.000 et 1/25.000, je comptais bien trouver un itinéraire fiable à travers les contreforts de l'Ardèche.  GR70 Chemin de StevensonJ'y ai découvert un véritable réseau de sentiers parfaitement balisés. (Depuis cette randonnée, j'ai pris connaissance d'un topo-guide relativement récent, intitulé « Des Gorges de l'Ardèche à la Margeride  » (Réf. 407). Il est principalement consacré au parcours du G.R.4 entre la vallée du Rhône et St-Flour.  Mais il décrit une série de satellites (GR43, GR44, 44A, 44B, 44C et 44D. Pas moins).  Sans oublier des G.R. de Pays comme « Le Tour de la Montagne Ardéchoise ».  Au total, 208 pages d'itinéraires, de commentaires utiles et passionnants, ... de rêves).

La grimpée matinale est assez rude sous un soleil déjà généreux. Mais les paysages se méritent. Et aussi l'agrément du cheminement dans la hêtraie qui couvre le Moure de Manibles.  Le site de la croix du Pal, carrefour des « GR7 et GR72 », avec quelques sentiers de pays, est un de ces lieux qui exaltent la sensibilité, totale solitude devant un paysage grandiose, vers le sommet des Trois Seigneurs, les gorges de la Borne et les crêtes du Tanargue.  La vie quotidienne apparaît alors si insipide...

Le charme se prolonge sur les rives fleuries de narcisses du Rieufrais vers l'abbaye Notre Dame des Neiges. Nous sommes seulement deux visiteurs à écouter les moines psalmodier none sous les voûtes gothiques comme dans le temple de la nature, c'est la même quiétude propice à la méditation... Pourquoi donc précipiter le retour vers la vallée ? Je renonce ainsi aux balises pour un détour par le sommet de la Felgère.  De sa crête, je découvre mon proche avenir: la montagne du Goulet, l'horizon du mont Lozère... de beaux jours en perspective.

A La Bastide Puylaurent sur les bords de l'Allier se trouve la Maison d'hôtes L'Etoile; un ancien Hôtel de Villégiature tenu par un belgo-grecque, une halte réconfortante, un repas sain et copieux, une douche attendue et une bonne bière belge. Etape de 18 km.

Jeudi 27 mai. Départ matinal sous le grand soleil.  Le beau temps s'installe. Au sortir de La Bastide-Puylaurent, le Chemin Stevenson regagne bien vite les grands espaces aériens de la forêt de la Gardille, parcourue déjà l'avant-veille.  Le vent balaie le plateau et sa musique lugubre imprègne cette vaste solitude; à quoi tient-il donc qu'un jour celle-ci exalte, que le lendemain, elle angoisse ? 

GR70 Chemin de StevensonLe chemin Stevenson retrouve la vallée pour une ultime rencontre avec l'Allier, tout jeunet.  Le Chassezac aussi y creuse ses premiers méandres.  Quelques hameaux s'égrènent le long du val.  Je garde surtout les souvenirs d'une jolie combe tapissée de narcisses et de l'église romane de Chasseradès, robuste et harmonieuse... Inaccessible, hélas, comme bien d'autres !  Effet de notre époque de vandalisme et d'insécurité ; ces fléaux urbains frappent donc jusqu'au profond de pays reculés, qu'on croirait préservés.  Ah ! le bienheureux curé de Chanteuges qui, envers et contre tout, maintient l'hospitalité de son admirable abbatiale et la rehausse même de musique sacrée !

L'après-midi, ce sera encore une grande errance à travers les vallonnements de la montagne du Goulet et son immense forêt de résineux.  Sur le versant méridional, j'assiste à une nouvelle naissance, le Lot y voit le jour au cour du massif forestier et prend ses premiers ébats dans un joli val, salué par les bouleaux, les genêts et les narcisses. 

GR70 Chemin de StevensonTrois destins bien divers pour trois cours d'eau nés au cour du même massif; l'Allier unit sa destinée à la Loire et finit sa longue course aux confins de Bretagne ; le Chassezac avec l'Ardèche sinuent dans la profondeur de gorges sauvages, en route vers les rivages méditerranéens ; et le Lot s'en va grossir la Garonne pour côtoyer les riches vignobles bordelais voisins de l'Atlantique.  Hasard d'un vallon, d'une colline et les destins divergent. Ainsi en va-t-il des enfants d'un même foyer. Etape de 25 km

J'aborde aujourd'hui le « pays des Camisards ».  Enfin, dirais-je ; mon attachement aux Cévennes n'est pas étranger à ma sympathie pour ces irréductibles défenseurs de leur foi.

Quittant Le Bleymard et la vallée du Lot, le sentier escalade le versant septentrional du mont Lozère.  Ascension assez banale jusque la station du Mont Lozère (1421 m.).  On atteint alors le désert sommital, et l'on grimpe le long de la draille (Les drailles sont probablement les plus anciennes voies de communication à travers les Cévennes. 

Si elles font aujourd'hui le bonheur des randonneurs, pendant de nombreux siècles, elles ont servi de voies de transhumance pour les troupeaux de moutons, surtout, qui montaient des plaines méridionales vers le causse Méjean, le Larzac, le Tanargue, le Lozère...  Pierre A. Clement leur a consacré un livre passionnant, « En Cévennes avec les bergers » (Ed. France Loisirs). 

GR70 Chemin de StevensonCet historien du Languedoc a parcouru cinq de ces itinéraires mythiques en compagnie des bergers.  Et il décrit cette expérience dans des récits savoureux, où les randonneurs qui ont sillonné les Cévennes retrouveront bien des lieux marquants.) jalonnée de « montjoies » (Les « montjoies » sont de hautes bornes de granite, comme celles qui jalonnent la draille sur le mont Lozère, ou des assemblages de pierres, dont Pierre A. Clément montre un bel exemplaire dans l'ouvrage cité en note 8 (photo en pg. 6).  Leur fonction la plus évidente est de baliser les itinéraires de transhumance et autres, à la manière des « cairns » que connaissent bien les randonneurs, particulièrement dans les Pyrénées. Mais, signale le topo-guide, certaines « montjoies » dateraient du moyen âge et auraient délimité des domaines.  Ainsi les croix de Malte sculptées sur certaines pierres dressées du Lozère auraient borné les biens des chevaliers de Malte... J'y ai surtout remarqué les « tags » iconoclastes !). 

C'est le royaume du vent, qui balaie la lande de cailloux et d'herbe rase.  Le randonneur s'arc-boute jusqu'au sommet du pic Finiels (1699 m.) C'est le point culminant du massif et de ma randonnée. Tout à l'entour, l'infinie ondulation des crêtes et des vallées s'estompe dans une brume bleutée; au Nord, la mémoire relit les étapes récentes ; au Sud, l'imagination entrevoit les cheminements prochains.  Et l'esprit vagabonde dans cette haute solitude (partagée le temps d'une halte, car la randonneuse d'outre-Rhin m'y a rejoint).

Mais nos itinéraires se quittent aussitôt.  Le GR70 n'est plus qu'une descente quasi ininterrompue vers Finiels et le Pont-de-Montvert.  C'est une fin d'étape un peu rapide... et frustrante : il fait grand beau temps ; et il y a quelques années, au cours d'une randonnée pascale, je me suis promis de revenir admirer la floraison des genêts du Lozère.  L'occasion est trop belle.  Je ne résiste pas à une longue boucle par le « GR7 ».  Après le col de Finiels, la draille du Languedoc, est un peu longuette sur l'ancienne voie romaine ; mais quel enchantement quand l'étroit sentier bascule sur le versant méridional du massif, il dévale le long d'un ruisseau, serpente entre les blocs de granite et se faufile dans l'or des genêts... La draille poursuit sa descente paisible par les vieux hameaux déserts (Salarial, l'Hôpital) et atteint le Pont-du-Tarn.  Le site est à la hauteur de mon souvenir et mieux encore au cour du printemps, l'eau limpide miroite et chante sur les rochers.  Mon casse-croûte est un moment idyllique de ma randonnée.

Maintenant, je bifurque sur le GR72 qui n'a rien à envier au GR7, pendant quelques km, il borde la rivière qui se précipite en torrent à travers des éboulis rocheux. Et le sentier se met lui aussi à dégringoler dans des massifs de genêts hérissés de chaos granitiques. Felgerolles, le Merlet... et puis l'enchantement disparaît sur la départementale menant au Pont-de-Montvert.  Une petite demi-heure d'asphalte, ce n'est pas trop cher payer une longue course jubilatoire. Etape de 30 km

Le Pont-de-Montvert, c'est un haut lieu du « pays camisard ». Le temple, où trône une chaire en bois d'une majestueuse simplicité, atteste encore de la vivacité de la foi réformée. Mais comment imaginer que ce beau et paisible village a été, en 1702, le berceau de ces événements dramatiques (l'assassinat de l'abbé du Chayla et ensuite l'exécution du principal meneur, Pierre Séguier) qui ont déclenché une guerre si terrible ? (C'est le 24 juillet 1702 que l'abbé du Chayla fut assassiné au Pont-de-Montvert par une troupe de protestants, venus réclamer la libération de leurs coreligionnaires. 

GR70 Chemin de StevensonL'abbé du Chayla, ancien curé de St-Germain-de-Calberte, condamné par l'Eglise pour concussion, s'était cependant vu promu grâce à ses relations familiales et politiques. Il avait ainsi en charge, entre autres tâches, l'évangélisation « musclée » des Cévennes. Son zèle brutal suscita la haine des Protestants... qui connut son paroxysme ce funeste soir de juillet 1702.  Rapidement arrêté et jugé comme meneur des meurtriers, Pierre Séguier, surnommé Esprit Séguier pour ses prêches inspirés, fut condamné à avoir le poing sectionné et à être brûlé vif à l'endroit même où sa victime avait péri, c'est-à-dire devant la tour de l'Horloge du Pont-de-Montvert.

GR70 Chemin de StevensonAinsi débutait une guerre terrible qui allait mettre les Cévennes à feu et à sang, deux ans durant.  Jean-Pierre Chabrol a évoqué ces années terribles dans un très beau roman intitulé « Les Fous de Dieu » (Folio, n° 257). Une phrase seulement: « Je bus, les lèvres dans la mousse du ruisselet, ce tandis que mon âme se désaltérait de la pureté de s'agenouiller ainsi, dans le cresson d'une source plutôt que sur le prie-dieu d'un saint-Joseph de craie, et de baiser l'eau des neiges plutôt que la bague d'un évêque. » Pp. 61-62).

L'étape du jour du « GR70 » ne respecte pas l'itinéraire historique vers Florac. « Une route neuve, écrit le romancier, conduit de Pont-de-Montvert à Florac, par la vallée du Tarn.  Son assise de sable doux se développe environ à mi-chemin entre le faîte des monts et la rivière au fond de la vallée. » (R.L. Stevenson, « Voyage avec un âne dans les Cévennes ». Coll. 10/18. Pg. 145) C'est aujourd'hui la D. 998 qui sinue le long du Tarn.  Pas question pour un randonneur d'endurer une vingtaine de km d'asphalte et de circulation routière ! Le « G.R.70 », lui, offre aux émules de Stevenson la solitude et les paysages de l'altitude.

A peine sorti du Pont-de-Montvert par une belle calade, la Cham de L'Hermet surplombe la bourgade étirée dans son creux de collines au confluent du Lot, du Rieumalet et du Martinet. Et puis au flanc du Bougès, c'est l'ascension dans une cathédrale de conifères, au son des grandes orgues d'Eole.  Au col de la Planette débute le long cheminement sur l'échine bosselée de la montagne du Bougès.

Elle culmine au Signal du Bougès (1421 m.), dont le dôme est ponctué d'un cairn monumental.  C'est un belvédère magnifique. Je tiens ma revanche sur cette épouvantable journée d'avril 95, qui ne fut qu'une course ininterrompue; pluie et brouillard effaçaient tous ces paysages offerts aujourd'hui sous un ciel azuréen du mont Lozère à la vallée de la Mimente en passant par les falaises du Méjean. Ces deux derniers jours, j'ai atteint les sommets (géographique, esthétique et mental) de mon équipée.  Ah ! pouvoir prolonger cet état de liberté, de sérénité, de paix...

Au terme de cette belle course, les terrasses de Florac ombragées de platanes ont un charme très méridional, à deux pas de la source du Pêcher... Etape de 25 km. par Jean Marie Maquet

 

 

L'Etoile Maison d'hôtes à La Bastide Puylaurent entre Lozère, Ardèche et Cévennes

Ancien hôtel de villégiature avec un magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Maison d'hôtes se situe à La Bastide-Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France. Au croisement des GR7, GR70 Chemin Stevenson, GR72, GR700 Voie Régordane (St Gilles), Cévenol, GR470 Sentier des Gorges de l'Allier, Montagne Ardéchoise, Margeride, Gévaudan et des randonnées en étoile à la journée. Idéal pour un séjour de détente.

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