Chemin Stevenson

Une longue descente rocailleuse m'amène aux portes du Puy-en-Velay... Aujourd'hui une brève étape rallie Le Monastier-sur-Gazeille, où débute réellement la randonnée Stevenson.

 

 

GR70 Du Puy-en-Velay à La Bastide-Puylaurent

Randonnée du Puy-en-Velay à La Bastide-Puylaurent par le GR701ère étape: Du Puy en Velay au Monastier sur Gazeille en Haute-Loire
Pas de miracle météo ce matin ; nuages et crachin embrument encore les collines.  Les sous-bois s'égouttent interminablement.  Dans la campagne détrempée, les fleurs s'affaissent, accablées, l'air de compatir à la détresse de ces pauvres randonneurs qui pataugent péniblement dans le bourbier des sentiers.  Elle ne manque pourtant pas d'intérêt, la traversée du Velay malgré cette humidité pénétrante; toute cette grisaille et les nuages bas qui pèsent sur le paysage ajoutent encore à la sauvagerie du plateau.  Atmosphère !

A l'écart de Montbonnet, dans sa solitude champêtre, la modeste chapelle St-Roch, dédiée au patron des pèlerins, témoigne encore de la foi et de l'architecture médiévales.  Je m'y abrite un petit moment, le temps d'une contemplation méditative, m'associant à tous ces routards qui eux aussi, au cours des siècles, ont poussé la porte de cet asile de quiétude et de recueillement. Et les hameaux s'égrènent le long du sentier, îlots de pierres grises à l'écart du monde.  Les marcheurs « à la coquille » les traversent ou les frôlent, sans y voir âme qui vive. Une longue descente rocailleuse m'amène aux portes du Puy-en-Velay juste à temps pour le bénéfice d'une timide embellie.  À demain, la découverte de la vieille cité.  Déjà le dédale des ruelles de gros galets y crée un cachet très pittoresque. Etape de 22 km

Puy-en-Velay en Haute-LoireAvant de partir à la découverte du Puy en Velay, il me faut régler un sérieux problème logistique; mes godasses me trahissent.  Passe encore que ces bottines de cuir « dry line » aient eu quelques fois l'allure d'éponges ; les pauvres ont tellement écopé !  Mais la droite me blesse sérieusement le cou-de-pied; la plaie est à vif et ce n'est plus tenable.  Je les ai pourtant « cassées » comme il se doit avant mon départ.  Jamais pareil pépin en 20 ans de sentier !  À croire que nous ne sommes pas faits l'un pour l'autre.  Je me risque donc à l'achat d'une nouvelle paire, relativement légère, avec les risques du « rodage ».  Je vais les étrenner sur les rudes pavés du Puy en Velay et renvoyer les « déclassées » avec topo et cartes « périmés ».

Trois monuments religieux, haut perchés, dominent la ville: N.-D. de France, la superbe basilique et la chapelle d'Aiguilhe.  J'avoue mon allergie à cette statue de la Vierge, colossale, impériale, « fondue avec les canons russes pris à Sébastopol ». Quelle association contre-nature !  La basilique est un remarquable édifice roman, majestueux, grandiose même, auquel on accède en grimpant une pittoresque rue bordée de dentellières. Mais à ces imposantes constructions aux allures d'un Catholicisme triomphant et dominateur, je préfère le cloître voisin, discret et secret, et la chapelle St-Michel d'Aiguilhe juchée là-haut sur son piton au terme des 268 marches, on découvre une petite merveille d'architecture romane à l'élégance arabe du porche répond l'ovale colonnade intérieure.  Et soudain dans la pénombre, un rayon éphémère colore les grandes dalles grises de l'éclat des vitraux... Je me reprends à espérer des lendemains plus radieux.

Sur sept jours, cinq de grisaille, de pluie, d'orage... ça use le moral.  Croire et s'accrocher ! Haute-LoireAujourd'hui une brève étape rallie Le Monastier-sur-Gazeille, où débute réellement le « Chemin de Stevenson ».  C'est l'amorce du « sentier St-François Régis », balisé de blanc et vert (Jean-François Régis fit ouvre missionnaire en Velay-Vivarais au cours du XVIIe siècle et fut choisi comme saint patron des dentellières. Le sentier qui porte son nom, balisé de blanc et vert, constitue un parcours de 193 km menant du Puy à Lalouvesc en Ardèche).

Je continue ainsi la traversée du plateau du Velay. Le relief est donc modéré avec deux grimpettes pas bien méchantes, pour sortir de la cuvette du Puy en Velay bien sûr la mise en jambes matinale et, deux petites heures plus tard, après le passage de la Loire à Coubon.  Le paysage est plaisant. Ne pas se méprendre, la météo ne me gratifie pas encore du grand beau temps, mais j'ai connu pire. À tant subir la douche écossaise, je finis par me satisfaire de ce crachin intermittent.  Et quand une fugitive embellie illumine, vers l'Est, la chaîne du Mézenc, le clair-obscur dans la mer infiniment lugubre des lourds nuages dramatise l'horizon de la chaîne volcanique. Et puis c'est vrai « à quelque chose, parfois, malheur est bon ».  Sans cette pluie, j'aurais pique-niqué sur un talus au lieu de chercher un abri quelconque dans Archinaud ; et j'aurais ainsi loupé une inoubliable rencontre; elle s'en revenait d'une cueillette de champignons. « Non, me répondit-elle, il n'y a ni bistrot ni abribus dans ce hameau ».  Et tout simplement elle m'invita dans la vieille bâtisse rachetée au village natal. J'ai résisté à son pot-au-feu, mais j'ai craqué devant le plat de riz au lait superbement doré.  Rien ne pressait au cour de cette courte étape ; le temps n'incitait pas à musarder dehors... Nous avons donc prolongé les confidences de notre double solitude.

Monastier-sur-GazeilleA l'Herm, pour éviter l'asphalte d'une départementale, je m'offre une variante par le Mont, très joli sentier buissonnier et je m'y taille un solide compagnon de route dans un massif de noisetier.  Ce soir, au Monastier-sur-Gazeille, je dors à la gendarmerie ... transformée en confortable gîte d'étape ! Etape de 20 km. Le Chemin de Stevenson démarre vraiment du Monastier-sur-Gazeille. La petite bourgade assoupie au profond du Velay doit beaucoup au romancier écossais. Sans son périple aventureux, qui donc la visiterait encore, malgré son abbatiale et sa massive chapelle de roches volcaniques ? Elle lui devait bien cette stèle commémorative élevée sur la terrasse dominant la vallée de la Gazeille, cette rivière que Stevenson entendait « gazouiller » avant de s'endormir !

Aujourd'hui les pluies récentes ont multiplié les décibels de sa chanson.  Et ça ne semble guère s'arranger là-haut.  Là-haut ? L'expression est osée « avec un ciel si bas... » chanterait Brel ; et il finit par peser, ce lourd couvercle nuageux !  Encore heureux que le crachin matinal ne s'éternise pas... La grisaille, on fait avec.  Et même elle s'accorde assez avec le désert volcanique. Depuis hier, c'est vrai, le contraste est marquant; pas dans le paysage, mais sur le plan humain. La fréquentation des deux étapes du sentier de Compostelle et l'animation des rues du Puy en Velay me font davantage ressentir et ... apprécier la solitude du vaste plateau.  Même le passage à St-Martin-de-Fugères n'y change rien en cette matinée de Pentecôte, pas un chat en rue et l'église est close !  Pourtant j'aurais aimé découvrir ce que cache cette monumentale façade surmontée d'un clocher « à peigne » (Les clochers-peigne sont typiques sur le plateau du Velay. Ils comportent un mur unique terminé par des niches qui abritent les cloches. Pourtant cette région volcanique ne manque pas de pierres.  Cette particularité architecturale s'expliquerait plutôt par la pauvreté des communautés cultivant ces terres arides. A l'évidence, il est plus économique d'édifier un mur que les quatre d'un clocher traditionnel). 

Bouchet-St-NicolasLe passage de la Loire à Goudet est un temps fort de cette étape. Ce n'est pas encore le fleuve nonchalant, largement étalé dans la vallée des rois entre Orléans et Tours.  Ici la Loire roule ses eaux rapides entre les hautes falaises de gorges sauvages.  Et les ruines du château Beaufort dressées sur un piton rocheux complètent ce site très hugolien.  Je prolonge le charme par un diverticule hors balises, un divertissement en fait. Après Goudet, le parcours imposait trop d'asphalte jusqu'à Ussel alors qu'un peu à l'écart s'offrait un vallon si bucolique.  Éternel fossé entre marcheurs et motorisés. Au bar de Goudet, les consommateurs me recommandaient la départementale qui m'éviterait la raideur et les ruissellements du sentier.  Peuvent-ils comprendre, ces automobilistes pressés, que le randonneur goûte plus l'agrément du cheminement que le terme de l'étape ? R.-L. Stevenson ne dit rien d'autre, et bien plus joliment, quand il écrit, dans son Voyages avec un âne dans les Cévennes: « Quant à moi, je voyage non pour aller quelque part, mais pour marcher.  Je voyage pour le plaisir de voyager.  L'important est de bouger, d'éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, de sentir sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants... Quel bonheur ainsi de vagabonder dans le charmant vallon des Fouragettes entre le Cros Pouget et Ussel et plus loin encore, aux portes du Bouchet-St-Nicolas, de tomber en extase devant cette immense nappe de narcisses, piquée du jaune des boutons d'or ! Etape de 24 km

PradellesSuffit-il d'avoir la foi ?  Les prévisions météo promettent enfin une amélioration durable... mais Le Bouchet-St-Nicolas est noyé d'un brouillard épais.  Qu'à cela ne tienne, je parie sur le soleil et j'extirpe mon short des profondeurs du sac à dos. Le topo l'annonce relativement monotone, cette dernière étape du Velay.  Quelle erreur ! Jusque Landos, c'est vrai, la traversée du plateau est plane et quasi rectiligne ; mais quelle solitude, quelle quiétude dans le petit matin brumeux et frisquet.  Je surprends même un renard qui rentre au gîte, sa proie dans la gueule.  Sa fuite quand il découvre ma présence !

Passé Landos, c'est le miracle, le revoilà, le soleil tant espéré !  À point nommé pour magnifier le vaste paysage, le large horizon que le balcon du sentier étale vers le lac de Naussac et les hauteurs du Gévaudan.  C'est une débauche de couleurs et de parfums, une féerie florale, les buissons de genêts se partagent maintenant la vedette avec les mouvants tapis de narcisses; et il y a aussi les brassées de renoncules, de myosotis, de bleuets, de... Mes compétences botaniques sont bien trop pauvres pour répertorier cette floraison multicolore.  Cette journée printanière, presque estivale, autorise enfin la flânerie sur le sentier qui mène à Pradelles.  Et dans la bourgade ensoleillée, je prends plaisir à m'attarder sur la place du Foirail et à y déguster une bière mousseuse,... alors que les automobilistes pressés terminent ce week-end de Pentecôte et remontent vers le Nord à la queue leu leu.  Heureux randonneur, je descends vers le Sud au rythme de mon pas solitaire. Le GR70 quitte Pradelles par un ancien quartier fier de son passé héroïque et réserve encore une belle traversée champêtre.  C'est bien agréable de terminer cette étape printanière par une longue descente jusqu'aux rives de l'Allier, perdue de vue depuis plusieurs jours déjà.  Retrouvailles aussi, au coeur du vieux Langogne, avec l'architecture romane de son église, l'harmonieuse voûte de pierres, les riches sculptures des chapiteaux.  Tout à côté, les halles monumentales (colonnade massive et toit de lauzes) témoignent d'un riche passé commerçant. Etape de 25 km.

Loup du GévaudanLes tracasseries d'un fermier, qui poussait la plaisanterie jusqu'à prélever un droit de passage sur ses terres, ont nécessité une modification du GR70.  Mais le nouvel itinéraire ne m'emballe guère et je cherche malgré tout à gagner St-Flour-de-Mercoire par la rive gauche du ruisseau de Langouyrou.  J'en serai pour mes frais dans le ravin des Chèvres, à démêler un sentier dans le dédale des traces de bétail. Et dire que j'entre aujourd'hui dans le Gévaudan, le pays de la Bête ! cette fameuse et mystérieuse bête, mangeuse de femmes et d'enfants, qui, au XVIIIe siècle, terrorisa les campagnes pendant trois ans et que Stevenson surnomme « le Napoléon Bonaparte des loups » !  Le pays n'a pourtant que faire de ce monstre pour se donner un air de sauvagerie, après les larges horizons du plateau vellave, les vastes panoramas vers le Mézenc et la Margeride, le Gévaudan se referme sur le mystère de profondes forêts de conifères et de bouleaux, de landes rocheuses aux allures fagnardes. 

Après l'Herm, Sagne-Rousse, Fouzillac et Fouzillic rompent à peine la solitude de mon vagabondage; pas l'ombre d'une présence dans la traversée de ces maigres hameaux.  La forêt serait-elle plus vivante ?  J'y observe à loisir les ébats de jeunes chevreuils jusqu'à ce que le plus avisé lance un « aboi » rauque et déclenche la fuite. Seul Cheylard-L'Evêque semble une oasis au creux de son vallon, dans l'éclat des genêts et la chanson des torrents. J'y aurais bien prolongé ma halte méridienne au sympathique bistrot de la placette... Mais voilà qu'un panneau annonce 4 km. supplémentaires à un itinéraire déjà fort sinueux.  De fait, le tracé cartographique de cette étape est particulièrement torturé.  Il faut croire que le romancier était d'humeur très folâtre.  Je ne m'en plaindrai pas.  Cheminer dans l'immense forêt de La Gardille, c'est une après-midi de quiétude, couronnée par une dernière halte idyllique sur la rive de ce petit lac anonyme, blotti entre les deux mamelons de l'Auradou et de l'Abïauradou.

Luc en LozèreEn dévalant vers Luc, je retrouve une fois encore l'Allier.  Le village s'étire au flanc de la vallée, sous les ruines de son château et une imposante statue de la Vierge réduite par Stevenson à « cinquante quintaux de Madone » ! Etape de 27 km

Hier soir, l'orage grondait sur les hauteurs du Tanargue; ce matin, le ciel est lavé et promet une lumineuse balade... à l'écart du GR70.  En effet, entre Luc et La Bastide-Puylaurent, où je compte faire étape, le topo-guide annonce seulement 7 km. et le balisage suit surtout la vallée sur les D. 906 et 154... J'ai fini par éprouver un petit faible pour l'Allier, mais pas au point d'avaler de l'asphalte et de sacrifier une escapade dans la toute proche montagne ardéchoise.  Et cette digression me permet de passer à l'abbaye Notre Dame des Neiges, où séjourna le romancier écossais. Je reste ainsi fidèle à l'esprit même de son entreprise.

Maison d'hôtes L'EtoileSur la foi des seules cartes IGN. aux 1/100.000 et 1/25.000, je comptais bien trouver un itinéraire fiable à travers les contreforts de l'Ardèche.  J'y ai découvert un véritable réseau de sentiers parfaitement balisés. (Depuis cette randonnée, j'ai pris connaissance d'un topo-guide relativement récent, intitulé « Des Gorges de l'Ardèche à la Margeride  » (Réf. 407). Il est principalement consacré au parcours du G.R.4 entre la vallée du Rhône et St-Flour.  Mais il décrit une série de satellites (GR43, GR44, 44A, 44B, 44C et 44D. Pas moins).  Sans oublier des G.R. de Pays comme « Le Tour de la Montagne Ardéchoise ».  Au total, 208 pages d'itinéraires, de commentaires utiles et passionnants, ... de rêves).

La grimpée matinale est assez rude sous un soleil déjà généreux. Mais les paysages se méritent. Et aussi l'agrément du cheminement dans la hêtraie qui couvre le Moure de Manibles.  Le site de la croix du Pal, carrefour des « GR7 et GR72 », avec quelques sentiers de pays, est un de ces lieux qui exaltent la sensibilité, totale solitude devant un paysage grandiose, vers le sommet des Trois Seigneurs, les gorges de la Borne et les crêtes du Tanargue.  La vie quotidienne apparaît alors si insipide... Le charme se prolonge sur les rives fleuries de narcisses du Rieufrais vers l'abbaye Notre Dame des Neiges. Nous sommes seulement deux visiteurs à écouter les moines psalmodier none sous les voûtes gothiques comme dans le temple de la nature, c'est la même quiétude propice à la méditation... Pourquoi donc précipiter le retour vers la vallée ? Je renonce ainsi aux balises pour un détour par le sommet de la Felgère.  De sa crête, je découvre mon proche avenir: la montagne du Goulet, l'horizon du mont Lozère... de beaux jours en perspective.

A La Bastide Puylaurent sur les bords de l'Allier se trouve la Maison d'hôtes L'Etoile; un ancien Hôtel de Villégiature tenu par un belgo-grecque, une halte réconfortante, un repas sain et copieux, une douche attendue et une bonne bière belge. Etape de 18 km. par Jean Marie Maquet

 

 

L'Etoile Maison d'hôtes à La Bastide Puylaurent entre Lozère, Ardèche et Cévennes

Ancien hôtel de villégiature avec un magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Maison d'hôtes se situe à La Bastide-Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France. Au croisement des GR7, GR70 Chemin Stevenson, GR72, GR700 Voie Régordane (St Gilles), Cévenol, GR470 Sentier des Gorges de l'Allier, Montagne Ardéchoise, Margeride, Gévaudan et des randonnées en étoile à la journée. Idéal pour un séjour de détente.

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